lemiroirdespoetes

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La liberté des mers

Bon juge

 

Derrière le toit pointu où tu danses, en jetant tour à tour en l'air tes jambes et tes bras, un juge invisible te suit. Il n'a pas d'oreilles et ses yeux triangulaires n'y voient pas.

Cependant, à chaque tour de cette danse grotesque, immobile et muet, d'un haussement d'épaules ou de sourcils, il juge ton effort. Et son rire moqueur quand tu as fini de t'essouffler en vain te récompense 

 

Pierre reverdy


18/10/2021
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Poésie ininterrompue

II

 

Le poids d'un chien sortant de l'eau 

Comme un sourire ému d'une brouille d'amis 

Miroirs brisés miroirs entiers 

 

Le poids toujours nouveau

D'une chatte duvet

Les griffes sous la mousse

 

Et le poids flamboyant 

D'une chatte écorchée 

Par un fourreau d'aiguilles 

 

Le poids du jour qui réfléchit 

Et qui s'arrête comme un âne 

A chaque pas

 

Et je ramasse avec lui

Les miettes de son effort

Sempiternel

 

D'où sommes-nous sinon d'ici 

Et d'ailleurs toujours en butte

A ce compte monotone

D'armées et de solitaires

 

Bain d'abeilles paravent

De la poussière immuable

Balance des hirondelles

Dans une poitrine vide

 

Ane chèvre jusqu'à l'herbe 

Rat de la poupe à la proue

Rossignol jusqu'au déluge 

Jusqu'aux étoiles éteintes 

 

Sont pesants les rongeurs

Pesants comme une horloge

Et les poissons pêchés 

Et l'hermine par sa blancheur

Et le lièvre par son repos

 

Je suis avec toutes les bêtes 

Pour m'oublier parmi les hommes

 

Paul Éluard 

 


11/10/2021
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Cahiers de poèmes

6

 

La terre ne t'inspirerait plus

O rêveuse solitaire 

Si la passion trahit, la nature

Cessera t elle d'incliner ?

 

Ton esprit toujours s'avance 

Dans des régions pour toi obscures

Révoque sa vaine errance

Reviens demeurer avec moi

 

Je sais que mes brises sauvages 

T'enchantent encore et t'apaisent 

Je sais que mon soleil te charme

Malgré la volonté rebelle

 

Quand le jour dans le soir se fond

Et sombre au ciel de l'été 

J'ai vu, en une tendre adoration 

Ton esprit se prosterner

 

Je t'ai guettée à toute heure

Je sais mon puissant empire

Je sais mon magique pouvoir

De chasser tes chagrins

 

Peu de cœurs parmi les mortels

Sur terre languissent aussi fort

Mais nul ne désire autant un ciel

Plus semblable à cette terre

 

Alors laisse mes vents te caresser 

Accepte moi pour compagne

Puisque rien d'autre ne peut te combler

Reviens demeurer avec moi

 

16 mai 1841

Emily bronte 


08/10/2021
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Cahiers de poèmes

5

 

Pur à présent décline le soir d'été 

Autour de ma maison, en splendeur adoucie

Le ciel sur son front sacré ne porte pas

Un seul nuage de mélancolie 

 

La vieille tour, enchâssée dans la lueur d'or 

Contemple d'en haut le soleil qui descend

Si doucement le soir se fond dans la nuit

Qu'on peut à peine dire le jour fini

 

Et c'est justement l'heure joyeuse

Où nous avions coutume de nous échapper 

De secouer la tyrannie du labeur

Pour aller avec entrain jouer dehors

 

Alors pourquoi tout est-il si triste et seul?

Nul pas allègre dans l'escalier 

Nul rire, nul accent pour donner cœur

Mais partout un silence sans voix

 

J'ai tourné sans fin dans notre jardin

Et il me semblait qu'à chaque tour

Des pas allaient venir à ma rencontre

Et des mots portés par les souffles

 

En vain- ils ne viendront pas aujourd'hui 

Et le rayon du matin poindra aussi morne 

Dites! Sont ils perdus à jamais , nos éclairs 

De soleil dans les brumes du souci?

 

Mais non, l'espoir réprobateur assure

Qu'il est doux de pleurer les joies enfuies 

Quand chaque orage voilant leur lumière 

Prépare un plus divin retour 

 

30 août 1839

Emily bronte


04/10/2021
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Courir les rues

Ultrafiltre 

 

Les marches de l'escalier plus larges qu'une route menaient jusqu'à la porte de cèdre et, sur l'arete sablonneuse, se repercutait un chemin désuet, un peu mauve, qui filait vers l'horizon, disparaissant entre deux poteries. Paris avait bien changé ; on reconnaissait cependant des formes urbaines estompées et l'on avançait vers la station de métro, malgré la jungle la plus épaisse, la toundra la plus acérée, les amas de pots de chambre et une civilisation inculte et même évanescente 

 

Raymond Queneau 


02/10/2021
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